Interview avec Stéphane, fondateur de la Green School

Le dernier jour de mon passage à la Green School, j’ai interviewé Stéphane, le fondateur de la Green School afin d’en savoir plus sur son parcours, ses motivations, les actions de la Green School mais également pour répondre à certaines questions que vous vous posez peut être en tant que futurs bénévoles. 

  • Quelles étaient tes motivations lorsque tu as décidé de créer la Green School ?

De tout ce que j’avais pu observer dans 6 pays d’Asie du Sud-est, j’ai pu constater que Singapour est le seul pays à avoir endiguer le problème en mettant l’éducation en avant et la punition pour les récalcitrant (500 dollars d’amende pour chaque déchet jeté). Par conséquent, je savais que j’allais devoir passer par la case éducation, lorsque je suis arrivé ici et que j’ai constaté que j’arrivais à apprendre à lire aux enfants et qu’ils commençaient à mettre les déchets dans les poubelles, j’ai su qu’il fallait continuer cette action. De plus, je souhaitais également m’attaquer à un discours qui nous expliquait que prendre soin de l’environnement est un travail générationnel, je ne suis pas en phase avec cette idée car pour changer les choses il faut déjà le vouloir, il ne faut pas attendre que les enfants deviennent parents pour qu’ils inculquent ensuite à leurs enfants. Les enfants adoptent tout de suite les bons réflexes mais ce sont les parents qui ont le pouvoir de mettre une poubelle chez eux et comme tu peux le voir ici 75% de mon travail se fait avec les adultes et non les enfants.

  • Peut-on dire que la mission de la Green School est divisée en partie bien distinctes mais qui se complètent : l’éducation et l’écologie ?

Ce n’est pas tout à fait ça car si je faisais des cours d’écologie, personne ne viendrait. L’anglais est un appât, et c’est dans les cours d’anglais que je peux parler d’écologie. Les gens ici ne connaissent pas les mots « écologie » et « environnement » donc je suis obligé de passer par l’anglais pour faire passer d’autres messages et notamment écologiques. Souvent, on me demande si je suis professeur d’anglais, je dis « Non, Professeur Poubelle ».

  • Du point de vue de l’environnement et de la sensibilisation de la population à l’écologie, l’idée est donc de pousser les habitants à mettre au maximum dans les poubelles ?

Oui, jeter les déchets dans les poubelles afin de redécouvrir le sens de la beauté est la première étape. La deuxième étape est que les habitants brûlent leurs déchets (car ici il n’y pas de ramassage) à un endroit de la maison et non plusieurs endroits dispersés autour de la maison. Enfin, la dernière étape est la réduction de la consommation mais sur ce point je n’arrive, pour l’instant, pas à faire bouger les choses.

  • Pourrais-tu me décrire rapidement une journée type à la Green School ?

Le matin, nous nous réveillons puis nous déjeunons tous ensemble. Les bénévoles disposent de leur temps libre et participent aux tâches nécessaires au bon fonctionnement de la Green School (nettoyage, rangement, cuisine…).

L’après-midi est dédié à l’enseignement. A 14h, nous nous rendons à Puman qui est un petit village de charbonnier. Nous restons avec les enfants, des activités ludiques et pédagogiques sont organisées, nous sommes censés rester 1h mais nous restons souvent 2h puis nous revenons à Kheo Phos et sous la maison où nous habitons, nous donnons des cours d’anglais de 17h à 18h.

  • Aujourd’hui, constates-tu des résultats concrets et positifs résultant des actions de la Green School ?

Oui tout à fait, tu peux le voir directement lorsque tu marches dans le village. Par exemple, si tu vas au temple tu pourras remarquer que deux poubelles ont été installés, après une donation, 12 autres poubelles ont été positionnées de ce côté du village. Tu peux aussi voir les enfants qui mettent leurs déchets dans les poubelles. Dans le village à coté des plantations où est réalisé le caoutchouc, tu peux voir que quasiment chaque maison possède une poubelle. Les choses bougent lentement mais il ne faut pas oublier qu’ici nous sommes dans une zone de refus, les habitants refusent d’évoluer, je n’arrive même pas à faire une réunion de village car la communication est totalement inexistante.

  • Tu décris une très forte résistance aux changements, malgré ces refus, tu as quand même décidé de rester à Kheo Phos ?

Oui, car il y a quand même du résultat et c’est ce qui me fait croire que ma méthode fonctionne.

  • Peux-tu m’en dire un peu plus sur ta méthode ?

J’essaie de leur amener de la raison car je ne crois pas que nous puissions amener une conscience écologique par l’argent. Reste à savoir comment amener cette raison, tu peux l’amener par la discussion, les arguments ou le dialogue mais aussi par le « bâton ». Tu m’as vu plusieurs fois courir après les gens avec un bâton, bien sûr, ça finit toujours avec de l’humour. Parfois, je jette un déchet devant eux afin de voir leur réaction, je mime leur comportement afin de leur montrer objectivement ce qu’ils font au quotidien, c’est de l’autodérision pure mais ça fait partie de ma méthode également.

  • Aujourd’hui de quoi vis-tu ? Comment finances-tu les actions menées par la Green School ?

J’ai démarré avec mon argent propre car j’ai vendu une entreprise avant de démarrer ce projet mais aujourd’hui et après un an d’existence de la Green School, je ne vis que de donations des bénévoles qui viennent ici. Et surtout, merci à Alice et Fred, qui m’ont fait une grosse donation issue d’une collecte. Leur donation m’a permis d’acheter du matériel mais également de commencer à verser un salaire à mon assistant traducteur. Dans la même période, il y a avait également d’autres bénévoles qui m’ont bien aidé en achetant des accessoires et ustensiles (qui ont permis de mettre la cuisine en place) donc je souhaitais remercier Charlotte, Claire et Damien, merci à vous trois. Plus largement, merci à tous les bénévoles qui sont venus à La Green School.

  • Quels messages aimerais-tu faire passer aux futures bénévoles ?

Si vous venez ici ce n’est pas une colonie de vacances mais plutôt un laboratoire expérimental sur les comportements. La seule compétence que je demande à tous les volontaires qui viennent est d’être exemplaire avec les déchets (refuser les sacs en plastique, essayer de consommer intelligemment, mettre dans les poubelles…). Ce que j’aime beaucoup avoir ici ce sont des familles car un des arguments que les gens utilisent ici pour justifier le fait qu’ils ne nettoient pas est qu’ils ont des enfants et lorsque les familles occidentales viennent ici, je peux me permettre de leur dire « Regarde, ton argument est faux ! Car, chez nous, nous éduquons nos enfants à mettre dans les poubelles donc tu peux aussi faire la même chose ».

  • Quelques liens importants

Page Facebook – The Green School Cambodia

Page Google – The Green School Cambodia

Site web – The Green School Cambodia

Mon album photo – Green School

  • Quelques visages incontournables que vous allez côtoyer si vous allez à la Green School 
Stéphane, le fondateur de la Green School

Stéphane, le fondateur de la Green School 

John, le conseiller de Stéphane

John, le conseiller de Stéphane

Dan, l'assistant traducteur de Stéphane

Dan, l’assistant traducteur de Stéphane

Mika, la petite fille dont s'occupe Dan

Mika, la petite fille dont s’occupe Dan

Tonla, la fille des logeurs de la Green School

Tonla, la fille des logeurs de la Green School

Loggie, le chat de la Green School

Loggie, le chat de la Green School

 

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